Précieux papillons au pavillon
Le mag'
Musée de la Cour d'Or
Publié le 02/02/2026
Dans sa série consacrée au nouveau Pavillon de la biodiversité, le magazine de la métropole messine observe cette fois les papillons, avec la collaboration de l’entomologiste Laurent Godé. D’éclats chatoyants en petites touches discrètes, ces joyaux aux ailes délicates forment autant de signaux plaidant pour la préservation de notre environnement.
Dans la première partie du pavillon, aménagée dans l’esprit du cabinet d’histoire naturelle créé il y a plus de deux siècles, un très joli meuble ancien restauré attire l’attention des visiteurs. Ce secrétaire dit meuble de Holandre, du nom du premier conservateur du musée, présente dans ses précieux tiroirs des collections de papillons.
Comme les oiseaux, poissons et mammifères, les lépidoptères rythment également la suite du parcours de visite, consacrée aux différents milieux naturels lorrains. Ils ont eux aussi été sélectionnés parmi les nombreux spécimens conservés dans les réserves du musée.
« Nous avons choisi de mettre en valeur les espèces en voie de disparition, selon le fil conducteur de l’érosion de la biodiversité en tout domaine, faune et flore confondues », rappelle Laurent Godé, entomologiste membre du Conseil scientifique qui a présidé au projet de Pavillon de la biodiversité, responsable du pôle connaissance et préservation des milieux naturels au Parc naturel régional de Lorraine.
Sont notamment exposés des spécimens lorrains, identifiés grâce au suivi dont ils bénéficient en raison de leur statut de protection.
« Ces papillons sont pour beaucoup d’entre eux inscrits sur la liste rouge des espèces menacées, établie par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Ils y figurent parce que leur aire de répartition a fortement régressé, ou parce qu’autrefois ils étaient des milliers, alors que très peu d’individus ont été observés sur une dizaine d’années, détaille le spécialiste, donnant l’exemple du Mélibée, un papillon de jour présent jusque 1995 dans les forêts mosellanes du côté de Fénétrange, disparu probablement en raison du dérèglement climatique ».
Le scientifique, qui collabore à l’Atlas de la biodiversité communal, rappelle que, depuis le début du XXe siècle, « 17 espèces soit 13 % des 130 espèces lorraines de papillons ont été déclarées éteintes. De plus, 20 à 25 % de ce qui subsiste est en forte régression, mais pas la Piéride du choux », note-t-il à propos du ravageur des potagers bien connu.
Les disparitions concernent en outre « jusqu’à 70 % de l’ensemble des insectes, ajoute-t-il en citant le Carabe noduleux, un gros coléoptère vosgien terrestre présent dans les collections messines, éteint depuis une trentaine d’années ».
Des écrits anciens, comme ceux du Musée de La Cour d’Or, mis en perspective avec des travaux plus récents menés notamment par la société d’histoire naturelle de Moselle, permettent de rester attentif aux évolutions des milieux naturels locaux. Laurent Godé évoque encore le travail du lépidoptèriste Jean-Claude Weiss, spécialiste des papillons de Lorraine, lui aussi impliqué dans les travaux préparatoires du Pavillon. « Il parcourt les milieux naturels depuis une soixantaine d’années, note l’abondance de ce qu’il voit et constate la diminution ».
Puis, à propos des spécimens anciens exposés au Pavillon de la biodiversité : « Les collections de l’époque étaient faites pour référencer ce qui existe, poursuit-il. Elles ont permis de maintenir toute cette connaissance, mais les collectionneurs ne s’étaient certainement pas imaginé qu’un jour on réutiliserait leurs travaux pour témoigner de tout ce qui a aujourd’hui disparu ! Sur le terrain, on découvre cependant toujours de nouvelles espèces », note-t-il, encourageant.
Dernière mise à jour : 14/01/2026