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Des rencontres inspirantes

Article du Mag#121, Avril-Mai 2026

Solidarités

Le mag'

Publié le 26/03/2026

A l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes, le Mag vous propose des rencontres inspirantes. 

Isabelle Renkes, "La médecine en pilier de la démocratie moderne"

Si Isabelle Renkes, radiologue à la tête du Conseil départemental de l’Ordre des médecins de Moselle, souhaite éviter d’être mise en valeur, reste qu’elle est tout de même devenue à 60 ans la première femme à présider l’institution médicale mosellane. 

« Je fais partie de ces femmes qui ont fait la révolution », admet-elle deux années plus tard.

La nouvelle présidente et ses paires « car je ne suis pas toute seule », insiste-t-elle - ont souhaité impulser dans la grande maison située à Longeville-lès-Metz, « un esprit d’ouverture. Les profils divers font aujourd’hui notre richesse », souligne celle qui recrute des juristes, organise des rencontres avec des professionnels d’autres horizons et favorise le dialogue avec les élus, entre autres innovations. 

« L’Ordre a aujourd’hui la capacité de s’intéresser à la politique de santé de tout un territoire. On a ouvert un chemin pour aller plus loin », explique la passionnée, replaçant l’éthique et la déontologie au centre de toute décision.

Le métier qu’elle estime aujourd’hui « fragilisé » renforce d’autant la nécessité de « protéger les médecins », dont la citoyenne, maman de deux garçons à présent adultes, pense le rôle en « pilier fondamental de la démocratie moderne, au même titre que celui d’instituteur ».

La professionnelle regarde aussi en face la misogynie rencontrée durant ses études de médecine, et affirme ne pas s’être « construite sur l’amertume. Il fallait à mon sens miser sur les actes. Maîtriser sa vie est une façon de lutter contre les a priori, le sexisme. »

Alors qu’au printemps dernier, Isabelle Renkes apprend que la Légion d’honneur va lui être remise, le vertige la saisit. Inquiète à l’idée d’être placée « au-devant de la scène », tandis qu’ « il existe tant de gens méritants », elle fait de cette récompense demandée pour elle par la magistrate messine Marie-Agnès Mirguet l’occasion de valoriser toutes les personnes qui ont contribué à son parcours. Et la dédie tout particulièrement « aux patients. Ce sont eux qui ont fait la femme et le médecin que je suis devenue ! », assure-t-elle.

Shirely Hoffman, "Un vrai choix de vie, une chance !"

Shirley Hoffman, 34 ans, choisit très tôt de consacrer du temps à ses enfants. Ses propres parents, qui « travaillaient énormément » n’avaient que peu de temps pour la vie familiale. Alors pour la jeune maman, qui donne naissance à sa fille Aimy lorsqu’elle-même n’est encore qu’en terminale, « ça a été une évidence, pas question que le travail passe au premier plan. » Après la naissance, la lycéenne prépare le bac en candidat libre. Concilier les soins au bébé et les devoirs à la maison détermine son choix de rester maîtresse de son temps.

En 2018, Shirley s’installe avec son compagnon, Aimy et son petit frère Hayden à Pouilly. La famille figure parmi les tout premiers habitants du nouveau lotissement de Chèvre-Haie, construit à l’entrée de la commune. Quelques années plus tard, la jeune femme et sa voisine fondent Gest’Enjoy, une société de services administratifs aux entreprises, que les deux entrepreneuses et amies gèrent en télétravail. L’une est diplômée dans le commerce, l’autre dans la communication. « On est complémentaires. »

Shirley consacre également de l’énergie à l’association de parents d’élèves de l’école du village, qui fonctionne en regroupement pédagogique avec Fleury où est scolarisé Hayden. L’organisation de fêtes et d’activités diverses permet de financer des sorties culturelles.

Et d’apprécier : « Je module mon temps personnel et professionnel comme je le souhaite, c’est un vrai choix de vie, une chance ! »

Graziella Fumagalli, "Après la maladie il y a la vie"

« Si je m’en sors bien, j’aiderai les autres », se disait cette patiente atteinte d’un cancer du sein il y a plus de deux décennies. 

Aujourd’hui, Graziella Fumagalli, 62 ans, anime depuis 18 ans l’espace Ligue Contre le Cancer de la clinique Claude Bernard. La bénévole intervient en étroite collaboration avec tous les acteurs du parcours de soins, médecins, manipulateurs, infirmières, secrétaires. Les personnes malades sont orientées vers son bureau situé dans le service de radiothérapie et à proximité du service de chimiothérapie, dès lors qu’un besoin d’écoute ou d’aide aux démarches administratives se fait sentir. 

« J’ai suivi des jeunes qui sont partis, mais une majorité de personnes s’en sortent ! », témoigne-t-elle.

Graziella est également référente patients dans les instances nationales de la Ligue et de l’Institut national du cancer notamment, où elle partage son expérience de terrain avec des médecins et des professionnels de la prise en charge sociale, psychologique et des soins de support. 

« La parole est libre, c’est constructif », exprime celle qui se préoccupe également des aidants, qui « ne s’autorisent pas toujours à prendre soin d’eux-mêmes ! ». « Si vous êtes mieux, le malade sera mieux également », les encourage-t-elle.

« J’ai aussi une pensée particulière pour les familles monoparentales, qui, en plus de leur maladie, doivent gérer le quotidien, dans des situations financières souvent fragiles », poursuit Graziella, se souvenant d’une jeune femme n’ayant plus la force nécessaire dans le bras pour donner le bain à son jeune enfant.

Graziella souligne néanmoins l’étonnante maturité des plus jeunes, se souvenant du soutien précieux que lui ont apporté les messages d’encouragement envoyés par son fils Étienne avec son premier portable, 12 ans lorsqu’elle était malade, 33 aujourd’hui. « Fantastique », s’émerveille toujours la maman. 

Et encore : « Ici, on rit aussi. Je suis un témoin que l’on peut s’en sortir, après la maladie il y a la vie ! »

Mareme Gueye, "J'apporte le soleil !"

Alors que le plat de poulet yassa qu’elle présente à ses convives rayonne de toutes les couleurs de la Méditerranée, Mareme Gueye évoque des souvenirs d’enfance à Dakar : 

« Il faut que tu fasses un métier d’homme, me répétait mon père. Il me demandait aussi de choisir les disciplines les plus difficiles. »

L’étudiante studieuse passe alors par les classes préparatoires scientifiques, puis en 2009, ses études supérieures en mécanique l’amènent en France. Metz, Poitiers puis Bordeaux et Grenoble avant de revenir dans l’Est. Elle intègre l’industrie de l’aéronautique ; manager des équipes et participer au bon profilage d’ailes d’avion ne lui fait pas peur.

Et pourtant, une décennie plus tard, confrontée à des méthodes discriminatoires, c’est le burn out. Mareme rêve alors « d’agir comme [elle peut] pour que la génération suivante puisse passer au-delà », comme à l’université où elle cuisinait pour faire découvrir des saveurs autour d’elle et tablait sur le pouvoir de la gastronomie pour ouvrir aux cultures du monde.

Aujourd’hui, la presque quadragénaire lance son entreprise de traiteur africain Téranga BBQ, projet mûri aux côtés des conseillers de l’association Alexis Grand Est. Ses plats, confectionnés avec des « produits 100 % naturels issus du commerce équitable », sont livrés à domicile ou en entreprise, où elle propose également d’organiser des événements fédérateurs. Mareme espère par la suite trouver un local. 

« Je veux quelque chose de solaire ! », affirme-t-elle. Et d’insister : « Rien de plus beau que de se réunir autour d’une belle table. J’apporte le soleil ! »

Jade Anselmo, "Des questions dont on ne parlait jamais"

À 26 ans, Jade Anselmo prend à bras-le-corps la cause des femmes atteintes d’endométriose, cette maladie longtemps ignorée entravant pourtant lourdement le quotidien de celles qui en sont atteintes. 

« La souffrance des femmes est souvent minimisée », témoigne la jeune femme. 

Bénévole régionale de l’association EndoFrance, elle exerce depuis un peu plus d’un an en tant que psychologue de la santé au centre Ariane, création récente du CHR de Mercy consacrée à la prise en charge de cette pathologie concernant une personne menstruée sur 10.

Jade y inscrit son travail dans un parcours de soin pluridisciplinaire au fil duquel gynécologues, médecins de la douleur, chirurgiens et autres praticiens proposent un accompagnement global. Acupuncture, ostéopathie ou encore yoga y sont aussi associés.

La psychologue tient à distance le stéréotype du diagnostic de « l’hystérie », voire de « la folie », hérité du passé. « Cela me tient à cœur. Ce n’est pas normal d’avoir mal à ce point-là », explique-t-elle encore aux personnes rencontrées lors des actions de prévention organisées par EndoFrance dans les collèges, les lycées, les entreprises, ou encore en collaboration avec des médecines du travail et des mutuelles. Une façon de penser et d’agir en « militante », sans doute inscrite dans les gènes de celle qui a grandi dans « une grande famille italienne où chacun prend soin des autres ».

Titulaire d’un master de psychologie clinique de la santé, Jade a choisi Metz également pour l’offre de formation du centre Pierre-Janet (Université de Lorraine). Elle y suit actuellement un DIU de sexologie clinique, où sont notamment abordées les notions de plaisir et d’identité de genre, « des questions dont il y a encore peu on ne parlait jamais ! »

Céleste Mangin, "Tout relativiser dans la vie"

Enfant, elle voulait travailler dans le domaine des animaux, mais au collège puis au lycée, la « bonne élève » est orientée vers les mathématiques et la physique. Elle adore d’ailleurs « programmer de petits robots, comprendre comment se font les choses du début à la fin ». Et c’est l’expérience plutôt que la théorie et le par cœur, l’application directe, qui continueront à orienter le parcours de Céleste Mangin, et la mèneront à un master en mécanique et matériaux de l’UFR Mathématiques, informatique et mécanique (MIM) de l’Université de Lorraine.

Recrutée à 25 ans comme ingénieure chargée d’études et de recherche par la start-up messine Improve Heat, la chercheuse y participe depuis une année au développement de capteurs à haute sensibilité pour les équipements industriels utilisant de la chaleur, produit adossé à un programme de recherche du CEA.

« On a poursuivi le développement du produit dans tous ses aspects », témoigne Céleste, fidèle à elle-même. 

Seule femme de l’équipe de six personnes, elle ne s’en émeut pas, tant elle a toujours évolué dans un univers majoritairement masculin (6 filles sur 35 élèves dans sa classe de première scientifique).

Tempérament forgé à l’aune de la recherche, où tout n’avance pas toujours aussi vite qu’on le voudrait, la jeune femme « parfois un peu pessimiste » se raisonne. 

« Trouver et dire ce qui ne marche pas est aussi une avancée en soi. On apprend à gérer l’échec, cela fait tout relativiser dans la vie. On met longtemps à avancer, mais tout à coup, ça y est ! », affirme-telle avant de regagner son club d’équitation meusien, afin de s’occuper de son cheval et d’aider à l’organisation de concours et de randonnées.

Dernière mise à jour : 25/03/2026

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